top of page

FERDINAND FLAME

 

Ferdinand Flame est invité pour poursuivre et approfondir l’écriture de son prochain film Un coeur pur, un documentaire à dispositif fictionnel qui s’inspire de l’histoire du groupe de résistants La Main noire.

Il sera accompagné de Milan Alfonsi, co-scénariste du film.

Ferdinand Flame-Quaisse (glissé(e)s) 2.jpg

Ferdinand Flame

 

Ferdinand Flame est diplômé du TNS, section mise en scène, en 2019. Il coécrit et coréalise le film Municipale (ACID Cannes 2021), puis met en scène Don Carlos Love me please love me à La Commune, CDN d’Aubervilliers. Au théâtre, il travaille à partir d’improvisations et d’écritures au plateau avec sa troupe PARADIS PERDUS. Il s’inspire du jeu clownesque et des figures de l’idiot et du bouffon pour interroger nos névroses collectives. Au cinéma, il crée des dispositifs fictionnels avec des acteurs amateurs autour d’événements marquants de l’histoire politique française. Depuis 2023, il programme les résidences Arts de la scène au DOC ! à Paris

Milan Alfonsi.jpg

Milan Alfonsi

 

Milan Alfonsi est un auteur-réalisateur français né en 1991. Il s’intéresse à un cinéma de situations mêlant mise en scène, improvisation et immersion documentaire. Il a coécrit Municipale (ACID Cannes 2021), Small Talk (2025) et a réalisé son premier film, Pleasing people, en 2024.

UN COEUR PUR

IMG_2574.JPG

© Ferdinand Flame

Pendant mes trois années d’étude en mise en scène à l’école du Théâtre National
de Strasbourg, j’ai énormément marché. C’est la seule ville au monde, avec Paris, où je peux me repérer sans utiliser Google Maps. J’ai marché pour écrire mes spectacles et découvrir la ville. C’est lors d’une de ces marches dans le centre historique que je suis tombé par hasard sur une plaque commémorative apposée sur la façade du collège épiscopal Saint-Étienne de Strasbourg :

« En septembre 1940, à l’initiative d’élèves de la maîtrise de la Cathédrale, 25 garçons de 14 à 16 ans ont créé ici l’un des premiers réseaux de résistance en Alsace, LA MAIN NOIRE. Arrêté par la Gestapo avec ses camarades, leur chef, Marcel Weinum, a été condamné à mort et décapité le 14 avril 1942. Il avait 18 ans. “Si je dois mourir, je meurs avec un coeur pur.” M. W. »
LA MAIN NOIRE - L’HISTOIRE VRAIE
 
La Main Noire est le nom d’un groupe de résistance basé à Strasbourg et actif de 1939 jusqu’à sa dissolution, causée par l’arrestation de la plupart de ses membres en 1941. Trafic d’armes, renseignements militaires, fabrication de faux papiers d’identité, tractage, harcèlement de commerçants collaborateurs, attentats à la grenade contre des officiels nazis : ce groupe, très organisé, opérait dans la clandestinité la plus totale. Il était composé d’adolescents âgés de 13 à 16 ans, chacun apportant ses compétences : l’apprenti électricien coupait les lignes de communication, le fils d’épicier-droguiste fournissait du matériel, et le mécanicien gérait les véhicules. Leur organisation échappait totalement à la vigilance et au contrôle des adultes. Ni leurs parents, ni leurs professeurs ne les avaient éduqués politiquement ou poussés à se constituer en cellules actives et autonomes.
« Si je dois mourir, je meurs avec un coeur pur. »
Cette phrase, pleine de courage et d’audace, paraît presque trop parfaite. Comme si elle avait été ajoutée par des officiels lors de la pose de la plaque. Mais de quelle « pureté » s’agit-il exactement ? Une pureté politique ? Une ultime revendication ? Pourquoi avoir choisi cette inscription pour un collège ? Est-ce un appel à la jeunesse ?
Je me suis mis à imaginer ce que cela ferait de lire cette plaque chaque jour en allant au lycée. Je vois les jeunes adolescents arriver, insouciants, turbulents, peut-être « purs ». Puis, à la grille du lycée, ils s’assagissent en lisant ces mots. Je ne peux m’empêcher de comparer ces jeunes d’aujourd’hui aux adolescents de la Main Noire d’il y a 70 ans. De cette superposition anachronique naît le film.
Je les imagine en bande, habillés comme dans La Guerre des boutons. Ils font de fausses stories pour faire croire à leurs parents qu’ils révisent, alors qu’ils fument leurs premiers Puffs à LED au bord du fleuve. Ils se baladent à vélo ou en trottinette électrique dans le quartier.
 
UN COEUR PUR - LE FILM
 
Le contrat est simple : je propose à un lycée proche du centre-ville, dans lequel il y a une diversité de profils et d’origines sociales, d’accueillir le projet. Il prend la forme d’un jeu qui emprunte à la dramaturgie de la téléréalité. Sous couvert d’un atelier cinéma qui vise à reconstituer le groupe de La Main noire, nous tournons un film ensemble pendant trois ans.
Je les suis quand ils reconstituent la fiction de ce groupe de résistants et dans leur quotidien. Leur vie devient intrinsèquement liée à celle de leur personnage, un parallèle se dresse entre le tournage et la résistance qui prend forme.
Qu’est-ce que le dispositif fictionnel permet de libérer en eux, et entre eux ?
Qu’est-ce que ce jeu de reconstitution peut créer dans le réel ?

Pendant toute la durée du tournage, nous aurons un code : ils se comporteront,
se parleront, agiront, évolueront dans la ville de manière tout à fait naturelle, mais habillés en écoliers des années 40. Leurs costumes sont là pour distordre leur réalité : par leur costume, tout devient fiction.
Cela nous permet de confondre les moments plus documentaires avec ces séquences où ils sont censés « jouer » les résistants, reconstituer l’histoire vraie. Une discussion dans un café ou au bord du fleuve sur l’utilisation des réseaux sociaux pour détourner l’attention des parents, une fête, une sortie à la ligne Maginot, une balade à vélo pour prendre des photos à la frontière, des sessions de discussions politiques ou encore des reenactments de scènes de sabotage.
 
LE ROMAN NATIONAL
 
« Les vainqueurs l’écrivent, les vaincus racontent l’Histoire » — Booba
 
Wikipédia défini ainsi le roman national : « Le roman national, ou récit national,
est la narration romancée qu’une nation offre de sa propre histoire. Dotée d’ajouts d’origine fictive, elle participe à l’identité nationale ».
 
Dans cette autofiction collective, la résistance occupe une place de choix. Le groupe de la Main noire avait pour motivation principale une haine des Allemands liée à leur identité alsacienne. C’est avant tout sur cette base qu’ils se sont réunis : ils étaient régionalistes. Ce n’étaient ni des juifs qui luttaient pour leur survie, ni des communistes se battant par idéologie pour une France plus égalitaire. Pour notre travail, c’est un point de tension que je relie directement à l’obsession identitaire du moment.
Le lycée est le lieu de l’apprentissage de l’État. L’idée de ce film avec des adolescents est de réfléchir aux représentations de ce roman national, et pourquoi pas chercher à le réécrire ou à y échapper. 
bottom of page